Démarche artistique
"Montrer l'essentiel avec quasiment rien"
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"Une pièce me semble réussie quand on peut l’aborder aussi bien d’une manière physique (par le ressenti) que d’une manière plus intellectuelle. Je ne déconsidère pas l’émotion dégagée par la contemplation d’une œuvre artistique car je ne renie pas le corps au profit de l’esprit. J’aime le plaisir de regarder mes pièces une fois finies : je ne parle pas d’esthétique, ni de goût, mais de vibrations qui laissent aux regardeurs la possibilité de les aborder. 

Mais ce qui sous-tend mon travail, c’est la chose intellectuelle. Je me sers de la philosophie et des sciences pour étayer mon raisonnement et c’est le langage plastique qui vient matérialiser le but de mes recherches, c'est-à-dire le lien entre matériel et spirituel. 

L’axe de mes recherches et d’une manière obsessionnelle restera le même, toute la complexité et tout le paradoxe va être de tendre vers une épuration de plus en plus poussée, l’œuvre ultime étant de montrer l’essentiel (l’invisible) avec quasiment rien." 

Premiers travaux de sculptures
"Dans mes premiers travaux de sculpture, mon intervention se résumait à un travail en creux;  la lumière naturelle fait apparaître des visages en creux comme des âmes fossilisées.

L’essentiel du travail présenté ici est constitué de pierres ocres dans la masse et de métaux rouillés. Les pierres viennent du Vaucluse, de la région des ocres. Elles sont associées à des métaux oxydés.
Pierres et métaux ont une origine commune : l’oxydation. Elle est ici représentative du temps qui passe, de la vieillesse, de la mort.
La lumière qui vient donner vie à la pierre, représente, elle, l’intemporel et fait apparaître des âmes fossilisées.  

Je limite volontairement mon intervention, pour laisser à la nature et à la matière leur pouvoir créatif. Détournés dans un premier temps, les matériaux retrouvent après leur assemblage, et grâce à leur texture, une autre vie et interviennent autant que moi dans le processus de création. 

Les pierres rehaussées sur des tiges en métal représentent l’élévation de l’âme et se retrouvent soudain légères, à l’opposé de ce qu’elles pouvaient représenter à l’origine, des masses inertes, lourdes et informes. 
Enfin l’assemblage définitif fait se regrouper des formes de hauteurs différentes, comme autant d’âmes plus ou moins belles, plus ou moins élevées, comme autant d’humains."

Série initiale des F.  2005-2009
"Pour la série de travaux F. (tableaux avec empreinte de feu) commencée en 2005, ce qui comptait c’était de garder l’essentiel de mes premiers travaux en trois dimensions (sculptures) à savoir, laisser à la nature son pouvoir créatif, tout en réduisant au maximum mon intervention. Réunir dans un même processus le corps et l’esprit, la nature et la civilisation et non pas les opposer. 

Ce travail n’est pas dans la lignée des peintres de la transformation. Je ne voulais pas asservir la peinture, le dessin avec des mélanges de couleurs ou de formes. Je trouve le procédé trop démonstratif, trop dans la virtuosité technique. 
Je ne désirais pas non plus être dans la lignée de travaux plus conceptuels où l’émergence de l’idée prime sur l’environnement. Trop prétentieux au regard de la nature. 
 
Le feu comme la rouille est un processus de destruction naturel. Il contient aussi le paradoxe de la vie et de la mort, de l’obscurité et de la lumière, du noir et de la couleur. Ainsi, j’utilise l'empreinte du feu, associée à mon intervention sous forme de pigments de couleurs déposés. Ces derniers représentent le vivant et viennent faire vibrer le noir, synonyme de mort matérielle. 

Enfin la toile présentée à la verticale modifie la position naturellement horizontale du feu. Sa perception s’en trouve différente, et l’on se sent plonger dans la matière comme une empreinte de nous-mêmes."

Série des F. 2010-2011
"Ma démarche vise toujours à établir un lien entre la nature et la culture, s’approcher au plus près de la fusion entre le corps et l’esprit.
 
Le corps c’est la matière, la matière le sol, et dans mes toiles, des cendres, du charbon de bois, des pierres… 
L’esprit, c’est la lumière, la lumière la couleur, et dans mon travail des pigments. Lorsqu’elle est présente, la figuration n’est pas représentative du corps, mais bien de l’esprit. Elle en donne une forme vaporeuse, presque fantomatique, qui vient habiter la matière (le corps). 

L’esprit est-il un principe spirituel détachable du corps, s’il s’agit de l’âme et si on l’aborde d’une manière religieuse ou un principe pensant empirique et élitiste de l’animal, si on l’envisage d’une manière scientifique ? Est-ce la matière qui crée l’esprit ou l’esprit qui vient imprégner la matière ? 

Dans les pièces de la série F. à partir de 2010, cette recherche est rendue par un travail en profondeur, grâce à plusieurs strates comme un univers en mille feuilles. Le corps et l’esprit ne se situent pas sur un même plan, c’est l’œil qui en les observant les réunit et peut en faire une entité.
 
Ces travaux ne sont ni des peintures, ni des sculptures, ni des deux dimensions, ni des trois dimensions, mais le fruit d’une démarche autre, où la notion d’espace et la notion de temps sont différentes.
  
A l’inverse d’autres formes plastiques existantes dont le sujet se situe en surface et sur laquelle le regard vient toujours taper, il ne s’agit plus de faire émerger les choses, de l’intérieur vers l’extérieur, mais de pénétrer la forme pour ouvrir d’autres dimensions.  
Ici l’objet n’interrompt pas le regard. L’intériorité devient le sujet même de la démarche. 

Plus je travaille plus je m’aperçois que je ne vois pas les choses mais les ressens; je ne suis pas un peintre de la vision mais de la pénétration." 

Série des F. depuis 2012
"Est-ce la matière qui crée l’esprit ou l’esprit qui vient imprégner la matière? La question reste au centre de ma démarche.
Pour l’aborder il me faut tendre vers un travail non pas additif, mais soustractif, un travail d’épuration.  
 
Les pièces de la série F. depuis 2013 reflètent un travail de contrastes : 
- contraste de forme entre la matière (l’empreinte des restes d’un feu) représentative du corps et le travail conceptuel (les lignes sécantes) assimilé à l’esprit. 
- contraste de texture entre l’aspérité de la matière et l’aspect lisse des pièces géométriques. 
- contraste de tonalité entre le noir du charbon de bois et le blanc des formes géométriques. 
- contraste de luminosité entre les éléments dans l’obscurité et ceux dans la lumière. 

Il est à noter qu’il y a plusieurs lectures des tableaux, selon qu’ils sont vus de jour ou le soir, avec ou sans la lumière des LEDs. Les contrastes de luminosité et de tonalité peuvent alors s’inverser; les parties sombres devenir claires et les noires apparaitre blanches.  


La lumière dans ce travail est un élément à part entière, elle n’est pas là pour « éclairer », ni à titre décoratif. Elle intervient comme un médium et fait le lien entre les éléments naturels (le corps) et ceux plus conceptuels (l’esprit). Pour cela elle n’apparait jamais directement au regard, elle se situe « entre » les éléments. Le relief de la matière en captant la lumière crée une vibration et fait que l’on ne sait plus si les formes géométriques sont en creux ou en lévitation.  

Par ailleurs, plus la lumière extérieure (la lumière naturelle du jour) diminue, plus la lumière intérieure (la lumière artificielle des LEDs) prend le pas sur l’aspect formel du tableau. Celle-ci apparait alors comme une énergie propre au tableau."


ISBN 978-2-9534504-1-5 - Dépôt légal 2019 - Copyright Eric Béridon